
Beau temps ensoleillé et doux ce matin. Les oiseaux, surtout les merles, semblaient pressés d’inventer de nouvelles chansons.
Une petite fille au chignon serré, nez au vent, cartable au dos, les mains passées dans les bretelles nous a croisées. Elle regardait droit devant elle pour ne pas voir le Monsieur aux yeux vagues qui suivait à deux pas derrière elle. En arrivant à sa hauteur nous l’avons entendu à mi-voix “il n’est bête ni oiseau en son jargon ne chante ou crie”. Alors, j’ai compris la petite: une de ses copines surprendrait son père l’air absent récitant de la poésie dans la rue et ce serait la honte, pire, le ridicule.
Pour GH
Le temps a laissé son manteau
De vent de froidure et de pluie
Et s’est vêtu de broderies
De soleil riant clair et beau.
Il n’est bête ni oiseau
En son jargon ne chante ou crie
Le temps a laissé son manteau
De vent de froidure et de pluie.
Rivière fontaines et ruisseaux
Portent en livrée jolie
Gouttes d’argent, d’orfèvrerie
Chacun s’habille de nouveau
Le temps a laissé son manteau
Charles d’Orléans (1394-1465)

